RUGBY. 6 NATIONS. Flocage des maillots : quand progressistes et conservateurs se déchirent

RUGBY. 6 NATIONS. Flocage des maillots : quand progressistes et conservateurs se déchirent

Les six fédérations européennes auraient pris la décision de floquer le nom des joueurs sur les maillots pour le 6 nations. Une situation qui anime et déchire une nouvelle fois le monde du rugby.

Un événement à marquer d’une pierre blanche. Selon le Telegraph, une décision collégiale aurait été prise par les six fédérations qui composent le Tournoi des Six nations. Loin d’être anecdotique, ce choix semble pour la première fois faire consensus entre les plus grandes sélections mondiales. Et pour cause, nulle révolution n’est prise au hasard, si ce n’est qu’elle a été mûrement réfléchie et coordonnée avec la sortie le 24 janvier sur Netflix du film documentaire réalisé à l’occasion du 6 Nations 2023 : “Six Nations : Full Contact ». Une coïncidence à faire pâlir ses contempteurs.

Le 2 février donc, date de la prochaine échéance européenne, Irlandais, Français et consorts arboreront leurs nouvelles tuniques floquées de leur nom. Ramos n°15, Fickou N°13, Alldritt n°8. Rengaine séculaire du monde de l’ovalie, le rugby s’apprête à faire un pas décisif dans sa marchandisation et sa médiatisation tous azimuts. Une situation qui fait ressurgir un débat vieux de 20 ans entre conservateurs et progressistes.

Gaulois réfractaires ?

Si cette annonce fait l’effet d’une bombe dans le milieu très conservateur du rugby, il ne s’agit en rien d’une première. Les joueurs de l’Angleterre et de l’Écosse avaient pu se familiariser avec ce nouveau style lors de la tournée d’automne 2022. La France, bien qu’hostile à cette nouveauté, s’était prise au jeu l’été dernier contre cette même Écosse pour la préparation de la Coupe du monde 2023. Mais ces trois nations ne sont pas les précurseurs en la matière puisqu’en 2008, le Pays de Galles – pourtant connu pour être intransigeant avec ses coutumes – avait disputé les 6 Nations avec ce flocage pour le moins inhabituel, si ce n’est insolite à l’époque.

Une réticence tricolore qui s’explique en partie par l’histoire de l’Hexagone. Si le Racing 92 et le Biarritz Olympique font figure d’exception, en ayant inscrit le nom des joueurs sur les shorts, aucun club français n’a alors voulu franchir le Rubicon.

Modernité ou tradition

Le monde du rugby est confronté à un sacré dilemme : moderniser son image, générer de nouvelles recettes, tout en respectant les valeurs qui ont forgé ce sport. Une gageure pour les institutions internationales. Comment alors rassembler deux univers que tout divise ? D’un côté les progressistes, pour qui le flocage permettrait au rugby d’être plus lisible, de toucher un public plus large et conquérir ainsi de nouveaux fans qui s’intéressent plus souvent aux hommes qu’aux équipes. Nul doute que les supporters français et étrangers s’arracheraient à prix d’or le maillot floqué à l’effigie de leurs stars préférées.

Antoine Dupont, Romain Ntamack, la vente de tuniques de ces deux superstars permettrait, à elles seules, de générer des recettes colossales. « Si le rugby veut s’ouvrir à un public plus large et moins connaisseur, avoir le nom des joueurs dans le dos permet à ce public de mieux connaître les acteurs », admet Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR. Utiliser tous les leviers marketings pour démocratiser le rugby aux quatre coins du globe, voilà le vœu formulé par les modernistes.

En face, les conservateurs, contempteurs de cette révolution du flocage sont dépeints comme rétrogrades, arriérés, incapables de discerner les bienfaits d’une telle décision au détriment d’un soi-disant traditionalisme. Malgré tout, il serait réducteur d’associer ces amoureux du rugby à de simples caricatures. En effet, les traditionalistes sont attachés au numéro unique. Un chiffre qui représente les valeurs d’un sport où l’équipe est plus importante que les individualités qui la composent. Où l’esprit inhérent au ballon ovale s’exprime avant tout par l’anonymat sur la pelouse. Une philosophie très ancrée et qui a jusqu’ici trouvé écho dans le monde du rugby. Face au potentiel commercial pourtant évident, ces gaulois réfractaires s’opposent à la footballisation, à la marchandisation d’un sport qui a toujours su se distinguer des autres disciplines.

Et la logistique dans tout ça ?

La personnalisation des maillots n’est pas seulement une question de philosophie, mais avant tout un problème logistique. Contrairement au génie français Kylian Mbappé, qui joue chaque rencontre avec le 7 dans le dos, les numéros des rugbymen n’appartiennent à personne et dépendent du titulaire du poste. En effet, il serait bien embêtant de floquer tous les maillots de Thomas Ramos, n°15, pour qu’il soit ensuite replacé au poste de demi d’ouverture et ainsi hérité du numéro 10. Si le nom était ajouté, les intendants seraient donc contraints de commander plus de maillots et de prévoir des doublons pour les joueurs polyvalents. Une gabegie qui pourrait devenir vite incontrôlable pour les fédérations. Quoi qu’il en soit, le pragmatisme commercial et le traditionalisme ancestral se font face, et ce n’est que le début.

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